Accueil arrow Articles de stratégie en français arrow Matt Matros arrow Distinction entre la théorie du jeu et les approches stratégiques au poker
 
 
Distinction entre la théorie du jeu et les approches stratégiques au poker
Dans un de mes derniers articles, j’ai fait une introduction à la théorie du jeu et la façon qu’elle s’applique au poker. Maintenant, j’aimerais regarder une situation particulière de hold’em sans limite et en discuter à la façon d’un théoricien.

La plupart des stratégies de poker essayent de répondre à la question « comment est-ce que je joue cette main ? ». Le théoricien, lui, se demande « comment est-ce que je joue au poker? ». La distinction entre ces deux questions peut être difficile à saisir au départ, mais cela représente deux approches très différentes. Je vais vous l’illustrer avec un exemple.

Vous jouez une partie de Hold’em sans limite avec des blinds de 5$-5$ et vous avez appelé la relance de votre adversaire. Le flop tombe 9c_heart.gif 7c_heart.gif 7c_club.gif et le joueur ayant relancé préflop y va d’une mise à 50$. Vous avez 250$ devant vous et ce joueur vous couvre. Quel serait votre jeu avec J 10 ? Quel serait votre jeu avec une paire de 9 ?

Avec Jc_heart.gif 10c_heart.gif , bon nombre de gens vous diront que vous devez absolument relancer. À moins que votre adversaire ait frappé une main pleine ou quatre cartes pareilles, vous ne serez jamais vraiment en difficulté avec votre tirage ventral à la suite-couleur. Comme n’importe quelle relance raisonnable vous commet au pot, vous devriez pousser votre tapis. En faisant ce jeu, vous forcez votre adversaire à prendre une décision difficile, et ce, même avec une main relativement forte. Vous pouvez au moins vous attendre à faire coucher une main comme AKo.

L’argument de pousser tous ses jetons avec Jc_heart.gif 10c_heart.gif fait du sens et je pense même que des théoriciens du jeu serait d’accord avec moi ici. Ils seraient d’accord, mais à condition que l’on aille aussi all-in avec des mains supérieures dans cette même situation. Regardons ce que nous devrions faire avec 9-9.

Une stratégie typique avec 99 serait de simplement appeler la mise. Il y a tellement de mains qui vont se coucher si vous relancez, donc vous avez à appeler la mise pour laisser votre adversaire frapper quelque chose. Si vous relancez, vous ratez la chance d’être payé par des adversaires qui n’ont rien frappé, mais qui ferait peut-être une paire ou compléterait leur couleur sur le tournant. De plus, quiconque ayant une grosse main mettra tous ses jetons dans le pot d’une façon ou d’une autre, donc vous ne risquez rien en appelant simplement la mise.

Ce n’est pas un mauvais argument et il est possible qu’un théoricien du jeu soit d’accord avec celui-ci. Mais ils ne vont être d’accord avec cela que si vous ne faisiez qu’appeler avec d’autres mains plus faibles. Pour un théoricien du jeu, la question « comment devrais-je jouer cette main dans cette situation? » est secondaire à « comment devais-je jouer ma gamme de main dans cette situation? ». Et voici comment un théoricien du jeu répondrait à cette question.

Premièrement, il ferait une liste des mains avec lesquels il serait prêt à jouer un tel flop :
peut-être un tirage à la couleur (par exemple, Qc_heart.gif Jc_heart.gif ) et d’autres mains en semi-bluff (par exemple, un JTo), des mains moyennes (comme 88), et des mains fortes comme A7s, 99, etc. Ensuite, il tenterait de trouver une stratégie générale qui lui permettrait de jouer toutes ces mains de la meilleure façon possible. Il pourrait se dire « la sagesse populaire veut que l’on pousse avec les tirages et simplement appeler avec mes mains très fortes et mes mains moyennement fortes. Commençons avec cette stratégie ». Ensuite, il se placerait dans la tête de son adversaire. « Mon adversaire », se dirait-il, « va éventuellement réaliser que je pousse chaque fois que j’ai un tirage. Donc, je ne le ferais jamais coucher quand je suis sur un tirage. De plus, il réalisera que chaque fois que j’ai une grosse main, je la joue passivement et cela me coûtera quelques mises supplémentaires. Il est donc clair que je dois mélanger mon jeu en poussant également avec quelques grosses mains plutôt qu’avec simplement mes tirages. De cette façon, mon adversaire ne pourrait appeler la mise chaque fois profitablement, mais ne voudra pas non plus se coucher chaque fois. En fait, il aura une décision vraiment difficile et c’est ce que nous voulons!

Le théoricien du jeu se demandera finalement avec quel genre de main il ne va qu’appeler la mise de son adversaire. Il devra garder en tête qu’il y a d’autres rondes de mise à venir et qu’il ne donnera pas trop d’information à propos de sa main lorsqu’il ne fait que simplement appeler le flop. Peut-être décidera-t-il de slowplayer quelques fois avec une grosse main, puisque cela rend le jeu sur le tournant plus facile. Si son adversaire mise, il pourra ainsi continuer avec ses mains fortes et jeter la majorité de ses mains moyennement fortes. Souvenez-vous que la théorie du jeu vous permet de jouer la même main d’une manière différente afin de maintenir une stratégie balancée. Dans cet exemple, le théoricien du jeu pourrait décider de simplement appeler la mise la moitié du temps avec ses grosses mains et pousser all-in l’autre moitié du temps.

J’espère maintenant que vous faites bien la distinction entre les questions « Comment dois-je jouer cette main? » et « Comment dois-je jouer au poker ? ». Du point de vue du théoricien du jeu, chaque main jouée affecte les mains futures. Les mains ne sont pas jouées individuellement, mais bien dans leur ensemble. Vous pouvez répondre à cela par le fait que la majorité de vos adversaires ne prêtent pas attention à ce que vous faites, que vous jouez avec ces personnes que pour une heure ou deux. Donc, en quoi la théorie du jeu pourrait être bonne, alors?

Ma réponse serait que vous ne devriez pas balancer votre stratégie contre un adversaire de bas niveau qui ne porte pas attention à la partie. Il suffit d’utiliser la stratégie exploitive (voir mon introduction à la théorie du jeu), c'est-à-dire le jeu qui rapportera le plus d’argent sur cette main précise, en oubliant les autres mains. Mais plusieurs joueurs portent attention. Même s’ils ne vous portent pas attention, ils ont probablement au moins déjà pensé sur le poker auparavant, ce qui implique qu’ils feront quelques suppositions à propos de la façon dont vous jouez. Dans le fond, contre un joueur qui ne vous a jamais vu auparavant, quel est la première main sur laquelle il vous mettra lorsque vous pousserez all-in sur un flop 9-7-7 ? Sans autre information, la première main sur laquelle je mettrais mon adversaire est le tirage à la couleur. Ceci est pourquoi la majorité des gens ne prennent pas la peine de balancer leur jeu – et je peux prendre avantage de cela contre un parfait inconnu.

Maintenant, vous pouvez voir quelques façons dont j’utilise la théorie du jeu lorsque je joue au poker. Vous pouvez voir que je ne suis pas arrivé avec une « bonne » réponse à la situation dont je vous ai fait part, dans laquelle nous devons pousser all-in x% du temps et simplement appeler 100-x% du temps. Cela demanderait des mathématiques plus poussées et je veux vous présenter les idées générales avant d’y inclure des chiffres. Mais si vous désirez vous attaquer au problème, allez-y. Les résultats pourraient être intéressants, de même que le processus mental qui accompagne ces résultats. Je vais tenter de vous revenir là-dessus dans une prochaine chronique.

Des questions ou des commentaires sur cet article? Cliquez ici.